Octobre 2017A la poursuite des truites !

A la poursuite des truites !

Amandine Pillonel relevant les truitelles qui migrent dans les boîtes du canal latéral de la MDLR © MDLR / Aurélie Rubin

Alevin de truite © MDLR / Aurélie Rubin

 

Mon Bachelor en Gestion de la nature effectué à HEPIA en poche, et souhaitant me spécialiser dans le domaine des milieux aquatiques, je me suis inscrite au Master in Life Sciences dans la gestion des ressources naturelles, proposé par la HES-SO. Durant ce Master, huit mois sont consacrés à la réalisation d’une thèse. J’ai alors choisi les truites comme sujet!

La truite commune est un poisson fascinant qui a développé au sein d’une même espèce, deux modes de vie très différents. Alors que certains individus résideront toute leur vie dans une rivière (truite de forme résidente) d’autres décideront de descendre s’établir dans un lac (truite de forme migratrice). Ils ne remonteront dans leur rivière natale que pour s’y reproduire entre les mois d’octobre et février.


Au travers de ma thèse, sous la supervision de Jean-François Rubin, Professeur à HEPIA et directeur de la Maison de la Rivière (MDLR) à Tolochenaz, je tente d’établir les raisons qui poussent un individu à migrer ou à rester en rivière car ces facteurs sont encore peu connus à ce jour. Au sein d’un même lot d’œufs, il arrive par exemple que des individus frères et sœurs choisissent des modes de vie différents.


Mon expérience se déroule dans un canal latéral à la MDLR. Dans celui-ci, j’ai installé plusieurs milieux fermés plus ou moins diversifiés avec des tas de branches, souches, pierres etc. L’objectif est de déterminer si l’offre en habitat de la rivière joue un rôle dans la dispersion des truites. En effet, plusieurs études semblent montrer que plus celle-ci est grande, moins les truites ont tendance à se déplacer dans la rivière à la recherche d’abris et de nourriture car elles les trouvent sur place.


Dans chacun de ces milieux des truitelles nées cette année ont été déposées; elles ont la possibilité soit de rester soit de migrer en direction du Léman. Si elles décident de migrer, je les récupère dans des boîtes afin de noter leur taille et leur poids. J’analyse ainsi l’influence de la condition corporelle des individus sur leurs déplacements. Car, du fait de leur taille plus imposante, les truites migratrices pondent des œufs également plus gros que les truites résidentes ce qui de facto conduit à l’éclosion d’alevins plus robustes. Ces alevins sont de meilleurs compétiteurs au sein de la rivière et s’approprient les meilleurs habitats. Les alevins plus frêles doivent, quant à eux, se déplacer à la recherche d’habitats non-occupés et se retrouvent parfois dans des rivières plus grandes voire dans des lacs. Là-bas, la nourriture est plus abondante et les migrateurs voient donc leur taille doubler. C’est la revanche des faibles qui deviennent alors plus forts !


C’est en étudiant plus spécifiquement les facteurs influençant les déplacements des truites dans la rivière qu’il sera possible d’instaurer une gestion appropriée. La truite est un poisson qui a besoin d’une grande mosaïque de milieux pour son bien-être. Elle est considérée comme une espèce parapluie : en mettant en place des mesures qui lui sont bénéfiques, ce sont tous les organismes de la rivière qui en profiteront également. D’ici la fin de ma thèse, j’espère ainsi pouvoir amener de nouvelles connaissances et propositions sur ce sujet passionnant qu’est la migration des truites !

 

Amandine Pillonel
Etudiante Master in Life Sciences