
Le projet SwissRenov veut repenser les friches industrielles en encourageant la durabilité et la circularité. Une démarche pionnière pour revaloriser ces espaces à haut potentiel, encore inexploités.
«Les friches industrielles représentent des sites abandonnés ou sous exploités qui occupent une surface importante de territoire, dont la rénovation ou réhabilitation est souvent très complexe», explique Paola Tosolini, professeur HES associée à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA). Leur spatialité est pourtant intéressante, puisque ce sont de grands espaces, aux proportions industrielles, parfois au centre des villes, ce qui devient de plus en plus rare.»
Le projet SwissRenov naît dans le Jura, où de nombreuses friches industrielles restent partiellement inoccupées ou sont en phase de reconversion. Les bâtiments inexploités s’abîment, parfois seule l’ossature de l’activité qui les animaient par le passé subsiste. Les 70 friches jurassiennes recensées vont désormais devenir des objets d’étude.
Le projet a été sélectionné comme initiative Flagship par Innosuisse, l'agence suisse pour l'encouragement de l'innovation. Ce statut distingue les projets d'envergure nationale qui réunissent plusieurs partenaires, avec l'ambition de transformer durablement tout un secteur de l'économie ou de la société.
Débuté en 2024, le projet se divise en huit sous-parties, allant de l’analyse des bâtiments, à la modélisation en passant par la valorisation des ressources dédiées de la démolition et de la reconstruction, ou encore la réflexion de différents modèles économiques. Piloté par la Haute École Arc, le projet compte 31 partenaires, des instituts de recherche et des entreprises de l’arc jurassien, jusqu’à Berne et Bâle.
Paola Tosolini est responsable du sous-projet 6. Son objectif: fournir des outils concrets pour faciliter la planification et la reconstruction en incluant des objectifs de durabilité et de circularité. Elle étudie, avec le groupe de recherche Matière, architecture, durabilité, espace (MADE), deux sites en particulier:
«Nous créons une marche à suivre exhaustive de ce qui doit être intégré dans la conduction d’un projet de réhabilitation d’une friche industrielle, détaille la professeure responsable du groupe MADE. Des acteurs à engager, des expertises à mobiliser, des points clés à ne pas oublier: nos outils guideront les porteurs et porteuses de projets à établir les priorités. Notre marche à suivre souligne également les points de vigilance à anticiper et surveiller le long du projet de réhabilitation.»
SwissRenov servira aussi d’outil pour favoriser le dialogue entre les propriétaires de friches, les entreprises privées intéressées, les maîtres d’ouvrage, les ingénieur·e·s et architectes mandaté·e·s, mais aussi avec les communes, qui peuvent prendre part aux projets.
«La première phase consiste à diagnostiquer ces espaces, savoir si la structure est solide ou doit être rasée, si des matériaux sont réemployables pour la rénovation ou trop abîmés, si le projet se prêterait à une densification ou une surélévation, etc., explique la professeure. Cette étude préliminaire dresse aussi l’état de pollution du bâti, s’il a été dépollué ou doit l’être.»
L’institut du paysage, d'architecture, de la construction et du territoire (inPACT) est largement mobilisé sur le projet SwissRenov: le professeur HES ordinaire et responsable de l’institut Abdelkrim Bennani travaille sur le sous-projet 5 qui cherche à développer de nouveaux matériaux de construction et à valoriser ceux présents sur les chantiers. «Cela consiste par exemple à valoriser les boues de lavage de granulats, à réemployer la paille de la région comme un isolant, à la mélanger à la terre pour produire des doublages de mur écologiques, ou encore à recycler des tuiles, etc.», ajoute Paola Tosolini.
Bernd Domer, professeur HES associé et responsable du groupe Méthodes innovantes pour la construction (MIC), participe quant à lui aux sous-projets 3 et 4, en développant des outils digitaux de modélisation et d’aide à la décision pour l’utilisation des matériaux.
«Les friches ont le potentiel de devenir des hubs modernes, aux multiples fonctions, imagine Paola Tosolini. La mixité des activités pourrait leur amener une dynamique de micro-quartiers. Sur un même espace, pourraient être réunis des logements, des activités culturelles des espaces sportifs, des restaurants, etc.»
SwissRenov a par ailleurs établi des liens avec les entreprises locales, des bureaux d’architectes aux entreprises spécialisées dans la construction en bois, dans l’objectif de travailler avec des acteurs comme des matériaux locaux, dans une logique d’économie circulaire.
Le projet vise à établir des recommandations reproductibles dans le pays. Il devrait livrer ses conclusions en 2028.
Photo vignette: © HEPIA / Groupe MADE