
La fabrication du tofu et des boissons au soja laisse derrière elle une pulpe humide appelée "okara". À Genève, l'entreprise Swissoja en produit environ 75 tonnes par an. Cette matière est saine et riche en fibres. Elle est pourtant éliminée, aux frais du producteur.
Le LEMS et Swissoja explorent une autre voie. Et si cet okara devenait un matériau de construction? L'idée repose sur une propriété simple. Séché puis broyé, l'okara forme un granulat léger et poreux. (Un granulat est un grain que l'on mélange à un liant, comme le sable dans un mortier.) Les pores de l'okara emprisonnent de l'air immobile, et l'air immobile est le meilleur isolant qui soit.

Comprendre la matière avant de la formuler
Une étude de faisabilité a démarré en 2026, avec le soutien de l'Office de promotion des industries et des technologies. Elle a commencé par une étape indispensable: la caractérisation de la matière. Caractériser, c'est mesurer de quoi un matériau est fait et comment il se comporte.
Six techniques d'analyse ont été appliquées au même lot de poudre séchée. Elles renseignent sur les éléments chimiques présents, sur les molécules qui composent les fibres, sur l'organisation interne de la matière, sur sa tenue à la chaleur et sur la taille de ses grains.
Les résultats dessinent un matériau cohérent. La poudre est homogène d'un prélèvement à l'autre. Ses grains mesurent environ un tiers de millimètre, une finesse compatible avec une application par projection. Sa part minérale est faible et dominée par le potassium et le calcium. Sa dégradation thermique commence vers 200 degrés, ce qui borne son domaine d'emploi.
Deux pistes de valorisation
La première piste est un mortier isolant. L'okara y remplace une partie des grains classiques pour alléger le mélange et freiner le passage de la chaleur. La seconde piste concerne la tenue au feu. Associé à un additif adapté, l'okara peut former une croûte carbonée qui protège le matériau situé en dessous. Cette croûte ralentit la propagation de la flamme.
Un objectif chiffré
La réussite se joue sur une grandeur, la conductivité thermique. Elle mesure la vitesse à laquelle la chaleur traverse un matériau. Plus elle est basse, mieux le matériau isole. L'objectif du projet se situe entre 0,05 et 0,10 watt par mètre-kelvin. À titre de comparaison, un mortier de ciment courant avoisine 1,2, soit une quinzaine de fois plus. Un béton de chanvre, matériau biosourcé déjà commercialisé, se situe autour de 0,07. (Biosourcé signifie issu de la matière végétale ou animale plutôt que de ressources fossiles ou minérales.)
La suite
Les formulations seront mises au point et testées jusqu'au printemps 2027. Une décision sera ensuite prise sur le passage à un prototype. Si le pari se confirme, un résidu genevois deviendra un matériau genevois.
Partenaire(s) de projet
Responsable de projet - équipe
Abdelkrim Bennani
(HEPIA),
Elio Savoldelli
(HEPIA)